
Enseignes traditionnelles des franchises en centre-ville (source : www.observatoiredelafranchise.fr)
La 32ème édition du salon Franchise expo est l’occasion pour le magasine spécialisé «Sites Commerciaux » de publier le palmarès 2013 des enseignes à suivre en franchise. Le classement a été établi en fonction de 3 critères : solidité, dynamisme et originalité, et ne comprend pas les cinq enseignes « hors concours » qui trustent les premières places depuis des années : McDonald’s, Yves Rocher, Jeff de Bruges, Alain Afflelou et Carrefour City.
Cette année, les professionnels distinguent en premier DailyMonop’, suivi par Sushi Shop, Géox, La Pataterie, Okaïdi, Lacoste, L’Occitane, Pandora, Petit Bateau, Chocolats R. Réauté, Cache-Cache, Franck Provost, De Neuville, G-Star, La Brioche Dorée, Celio, Jules, Comptoir des Cotonniers, Bo Concept et André, pour ne citer que les 20 premiers du classement.
La franchise représente 50,6 milliards d’euros de CA en 2012. De 653 en 2001, le nombre de franchiseurs est passé à 1 659 en 2012 ; dans le même temps, celui des franchisés est passé de 32 240 à 66 359. Les secteurs les plus représentés sont : l’alimentaire avec 12 062 franchisés, suivi des commerces divers (8 199), les services audio (7 365), l’équipement de la personne (7 325), l’immobilier (5 049), les services à la personne dont la santé-beauté (4 295), la restauration rapide (4 130).
Avec une telle force de frappe, il n’est pas étonnant que nos centre-ville du Nord au Sud et d’Ouest en Est finissent par se ressembler peu ou prou… et les citoyens-consommateurs, que je rencontre à Brest mais aussi à Paris ou en région au gré de mes pérégrinations dans les colloques ou les réunions d’élus, s’en plaignent.
Et pourtant, à y regarder de plus près, la situation est plus complexe et plus nuancée qu’il n’y parait. Les enseignes connues et reconnues sont des marqueurs de dynamisme commercial autant que d’attractivité d’un centre-ville ou d’un pôle marchand. Avoir telle ou telle enseigne est pour les villes l’assurance de drainer un flux de chalands conséquent, de limiter l’évasion commerciale vers le pôle voisin ou l’hypermarché de périphérie, d’assurer un service à la population immédiatement identifiable par cette dernière et, pour certaines, « égalitaire » entre consommateurs : chez Zara, par exemple, se côtoient les étudiantes de banlieue et les cadres supérieures des quartiers chics, ce qui ne se produit pas chez un indépendant multimarques.
Mais ce qui en fait l’attrait en fait aussi le repoussoir : la banalisation de l’expérience d’achat, identique à Marseille et à Strasbourg, finit par lasser le citoyen. Ce dernier, rendu de plus en plus pointu dans ses goûts et ses aspirations par un marketing hyper-segmentant, veut un commerce en ville « avec des vrais morceaux d’identité dedans » pour parodier les slogans traditionnels yaourtiers.
Peu d’indépendants non-franchisés peuvent répondre à ses attentes très élevées : des prix aussi bas, un service et des avantages fidélité aussi qualifiés, une offre aussi large et aussi souvent renouvelée, une communication et une animation aussi fréquente et massive que dans les franchises.
A tel point que les indépendants qui tirent leur épingle du jeu sont soit énormes et fonctionnant en tout point comme leurs homologues franchisés (Dialogues, Le Furet du Nord…) soit minuscules (1 ou 2 salariés dans le meilleur des cas) et hyper-spécialisés… mais toujours très fragiles et farouchement indépendants.
Il ne se passe pas un jour sans que l’on m’interroge :
- « mais que font les élus ? »
- « que voudriez-vous que nous fassions ? » réponds-je généralement. Devant ma question sincère, fuse une réponse tout aussi sincère :
- « mais je ne sais pas, moi, quelque chose ! »
A ce moment de l’entretien, je suis toujours tiraillée entre ce que je perçois de la demande (« rassurez-moi, dites-moi que vous avez la solution à mon problème, que le monde est simple et que vous le maîtrisez » !) et ce qu’il faut réellement dire à mon compatriote pour qu’il se fasse une opinion juste de la situation et de la réalité de l’action publique en la matière.
Je l’écris ici parce que je ne peux pas le dire : les élus n’ont pas de blouse bleue et de crayon sur l’oreille, et choisissent très mal les poires mûres à point. A part une infirme minorité, ils ne savent pas débiter une bavette (quoique…), assortir une jupe crayon et un top mousseline, vous renseigner sur la valeur éducative du jeu trucmachin, ou vous faire un massage aux pierres chaudes. De plus, ils ont tendance à rendre la monnaie de mauvaise grâce. Bref, les élus ne feront pas de commerce à la place des gens dont c’est le métier.
Parce qu’en fait, le métier des élus, c’est de fabriquer de la ville. Par exemple, d’investir pour un espace public accueillant, pratique, entretenu, accessible à tous, qui donne à chaque commerçant petit ou grand la chance de travailler dans un environnement favorable. Par exemple, de soutenir par des subventions toutes les formes d’organisations en réseau qui rendent plus fort les indépendants. Par exemple d’animer la ville pour qu’il s’y passe toujours quelque chose et donner envie d’y venir. Par exemple de privilégier le renouvellement urbain pour faire revenir des habitants-consommateurs en ville. Par exemple d’être aux côtés des acteurs de l’économie collaborative. Par exemple d’aller aussi loin que possible dans l’élaboration des règlements pour limiter la présence des services sur-représentés en hyper-centre et encadrer la croissance du grand commerce périphérique. Par exemple en mettant autour de la table élus, CCI et CMA, conseils de quartier, pour définir ensemble une stratégie et des actions concrètes pour le soutien de la proximité. Je m’arrête là, mais il y a beaucoup d’autres actions, au croisement de l’urbanisme, du développement économique, social et solidaire, de l’animation, du soutien à la vie associative, de la gestion urbaine de proximité, qui sont le coeur de métier de la collectivité.
Voilà à quoi nous sommes occupés et qui n’est pas résumable en slogan, en coup de poing, en coup de gueule, en coup de bluff. Nous faisons avec, pas à la place de, et nous sommes reconnus en France pour notre approche exceptionnellement cohérente. Est-ce suffisant ? Non. Avons-nous achevé notre travail ? Non. Le temps des certitudes est passé, notre monde est celui du changement. Pour reprendre la formule de François Mitterand en 1981 : nous avons tant à faire… ensemble !