
Faire évoluer la grande distribution pour qu'elle devienne une forme de commerce responsable et durable
Je viens de répondre au questionnement d’un collègue élu, inquiet après visionné le reportage de Canal + intitulé « les arnaques de la grande distribution » qui me demande, je le cite, « si un jour nous avions réfléchi à faire quelque chose contre cet état de fait monopolistique des 5 grandes centrales de la grande distribution qui nous dessine un monde … que nous ne voulons pas forcément ! ! »
La position monopolistique, les ententes entre grandes centrales, ont été mis en lumière par des procès suite à des plaintes en justice d’autres distributeurs, procès rares mais retentissants. Les associations de consommateurs dénoncent les pratiques promotionnelles douteuses depuis longtemps, mais ces pratiques perdurent. Les fournisseurs obligés de vendre sous la contrainte du système des marges arrières ont vite déchanté face à l’échec de la politique gesticulatoire du Gouvernement Sarkozy, incapable de réguler ces rapports complexes au « coup de menton », et encore plus incapable d’encadrer les prix de vente et de garantir le pouvoir d’achat des consommateurs.
Ces dérives sont inacceptables, doivent être combattues. Tout cela ne relève aucunement de la compétence de Brest Métropole Océane, encore moins de la Ville de Brest, mais bien de l’Etat, à la fois dans son rôle de régulation de la concurrence et de répression des fraudes, et dans la vigilance que devrait entretenir les procureurs des parquets pour poursuivre chaque affaire portée à leur connaissance. Or, on constate des lacunes dans l’exercice de ces compétences régaliennes.
On pense au lobbying intense de ces groupes de distribution, qui sont des géants économiques, structurant des filières entières de production, et qui sont des employeurs importants. Le fait de dire que le modèle économique de la grande distribution et certaines de ses pratiques posent problème, nécessitent d’être régulés, ne signifie pas que la grande distribution doive disparaître du paysage économique français. Le manichéisme est justement ce qu’il faut éviter, afin de l’amener inexorablement, par touches successives, à se transformer en distribution responsable de ses externalités, ancrée sur son territoire, durable au plan social et environnemental. Il faut trouver les bons leviers. François Hollande y est sensible, lui qui annonce dans sa proposition n°6, je cite, « Je donnerai aux producteurs les moyens de s’organiser pour rééquilibrer les rapports de force au sein des filières face à la grande distribution ».
C’est donc par un débat national et une politique d’Etat claire que cette question complexe de la régulation de la distribution, de sa transformation au bénéfice des citoyens et des territoires, sera résolue. Pour autant, nous avons notre part de responsabilité à prendre au niveau local.
A ce sujet, la politique de notre collectivité vise à encadrer autant que faire se peut le développement des points de vente de ces groupes de distribution afin d’équilibrer leur présence, leur volume et leur répartition sur le territoire par le biais de nos politiques d’aménagement commercial : Schéma de COhérence Territorial au niveau du Pays, Plan Local d’Urbanisme sur Brest Métropole Océane, politique partenariale concertée avec la Chambre de Commerce et la Chambre des Métiers lorsque nous sommes vendeurs des locaux ou des terrains dans les opération publiques…
D’un autre côté, nous mettons en place des politiques de soutien aux autres formes de distribution, pour que la grande distribution ne les fassent pas disparaître. Nous n’avons pas le droit de le faire au titre de la régulation de la concurrence (c’est interdit par Bruxelles), mais nous le faisons au titre de l’aménagement du territoire, du développement durable et de l’animation de la vie urbaine et rurale.
Ainsi, avec l’Opération de Développement et de Structuration du Commerce et de l’Artisanat (ODESCA), nous avons une action avec la Chambre d’Agriculture de promotion des réseaux de vente de proximité sur le tout le Pays de Brest. Avec le service Economie Sociale et Solidaire de Brest Métropole Océane, nous mettons en place une réflexion structurée sur les circuits courts qui vise à recenser l’offre et à déterminer une politique d’organisation des points de vente. Avec la Chambre de Commerce et d’Industrie et la Chambre des Métiers et de l’Agriculture, Brest Métropole Océane et la Ville de Brest contribuent au soutien des unions commerciales qui regroupent la plupart du temps des indépendants : convention trisannuelle pour une subvention par projets récurrents, apport en nature par le service animation, subventions ponctuelles par projet innovant (par exemple salon des Technologies de l’Information et de la Communication pour les commerçants…).
Nous pourrions aller plus loin dans la structuration des filières de production et des points de vente, en aidant à développer les circuits courts sous toutes leurs formes, notamment par l’agriculture périurbaine. C’est l’orientation qui est actuellement réfléchie dans le volet commerce du Plan Local d’Urbanisme en révision : relocaliser le commerce pour un commerce durable et qui rencontre les enjeux de la ville de la proximité et son économie citoyenne.
Quoiqu’il en soit, la grande distribution reste un acteur économique incontournable du territoire finistérien, et elle est utile par sa capacité à aller là où les autres formes de commerce ne vont plus (cœurs de quartier), par sa capacité à structurer l’aménagement de grands projets (grand commerce métropolitain), ou par sa capacité à rendre la ville attractive (services à la population, attirer de nouveaux habitants dans les nouveaux quartiers, favoriser l’émergence d’emplois…).
La grande distribution française est la meilleure du monde, tout comme la haute finance française. Ce n’est pas un hasard. Nous formons dans les grandes écoles des élites qui sont formatées pour « industrialiser » tous les process de création de valeur et les convertir en valeur monétaire.
Les valeurs durables que nous voulons promouvoir sont liées à des acteurs singuliers, à un territoire particulier, sont faiblement marchandes, sont à réinventer à chaque fois que les acteurs changent, bref, elles échappent à cette logique industrielle. C’est ce qui explique la difficulté à organiser leur expansion, mais c’est aussi ce qui fait que la collectivité est légitime à s’y investir dans le respect des limites de ses compétences économiques.
Subsiste la difficulté de ne pouvoir subventionner directement, ni en monétaire ni en nature, les entreprises commerciales…








