
Machine à voter en configuration 1er tour de l'élection présidentielle du 22 avril 2012 (source : Dunkerqueblog sur le Monde.fr)
Un petit coup de gueule en ce matin post-électoral…
Je suis présidente de bureau de vote depuis 2001. Dans ma commune le scrutin se déroule sur des machines à voter depuis 2004. J’ai donc connu l’organisation des élections avant et après les machines à voter. Je suis sidérée par les messages que j’ai reçu de la part des anti-scrutin électronique, en ayant l’impression d’assister à une discussion sur le dogme de l’immaculée conception ou les morceaux de la vraie croix. Bref, de la violence verbale appuyée sur des croyances, des affirmations gratuites, des impressions, des peurs.
Très concrètement, tous les outils de vote sont détournables par des individus organisés et déterminés, que ce soient les urnes, les bulletins, les registres ou les machines électroniques. Organiser un vote c’est prendre le risque mesuré de la fraude. Ce risque n’est pas plus important avec une machine qu’avec une urne transparente, il est de nature différente.
A ceux qui regrettent le bon temps des scrutateurs autour des tables de décharge, je réponds qu’ils peuvent utilement venir passer leur dimanche à faire les assesseurs, que l’on a toujours beaucoup de mal à réunir. S’investir personnellement dans la démocratie locale n’est pas une question de « j’aimais mieux l’ambiance avant », c’est toujours parfaitement possible tout au long de la journée de vote. Heureusement que j’avais trois assesseurs PS ce dimanche, aucun autre parti ou citoyen indépendant ne s’est manifesté. Nous avons tous enchaîné entre 8 et 10h de travail non-stop, vous constaterez avec moi qu’il y avait place pour du renfort.
A mon bureau, l’ambiance est concentrée, respectueuse, amicale. Je n’ai pas d’écarts de voix entre le décompte machine et le registre d’émargements car tout le monde s’applique à bien faire son travail. C’est parfois difficile car certains assesseurs sont très âgés, mal voyants, confus, ou ont consommé de l’alcool. Et oui, on ne choisi pas toujours ! Dimanche ce n’était pas le cas, mais ça m’est arrivé maintes fois. C’est au Président de donner des consignes claires, de vérifier sans cesse, la responsabilité est totale.
Il n’y a pas de queue de plus de 5 minutes si on est bien organisé et si le parcours de vote est logique. Si les gens sont perdus je le sens avant de les faire passer dans l’isoloir et je leur montre les deux clics à enchaîner sur le tableau papier avant de les confronter à la machine. Si des gens âgés veulent se faire aider, je ne vois pas trop la différence avec le temps où ils venaient mettre dans l’urne un bulletin préparé à la maison par leur famille. Bref, ce n’était pas mieux avant, ni plus démocratique, c’était différent.
Un peu de mesure dans ce débat qui ne mérite pas tant de passion : plutôt que de prôner la religion des moyens, celle des instruments de la démocratie, ayez pour priorité le débat des idées démocratiques. Avec un FN à 20%, ce n’est plus le moment d’agiter les peurs et d’attiser les méfiances de manière outrancière.
Pour ma part, machine ou urne, cela m’est égal : je fais concrètement ce qui est en mon pouvoir pour faire vivre la démocratie.
